Droits différenciés : Sup’Recherche-Unsa se joint à une lettre ouverte au Premier Ministre.

Monsieur le Premier Ministre
Sébastien LECORNU
Hôtel de Matignon
57 rue de Varenne
75007 Paris

Paris, le 19 juin 2026

Objet : Décret relatif aux droits d’inscription différenciés pour les étudiant·es extracommunautaires

Monsieur le Premier Ministre,

Lors des assises du financement des universités, le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de
l’Espace, Philippe Baptiste, avait assuré aux organisations syndicales et étudiantes qu’il n’était pas question
d’augmenter les frais d’inscription avant les élections présidentielles de 2027.

Le 19 mai dernier, après la suppression des APL pour les étudiant·es étranger·es extracommunautaires votée
dans la loi de finances 2026, un texte qui heurte violemment la communauté universitaire a pourtant été publié
en contradiction totale avec les engagements du Ministre. Ce décret relatif aux droits d’inscription différenciés
pour les étudiant·es extracommunautaires, remet profondément en cause les principes fondateurs de
l’enseignement supérieur et de la recherche publics français.

En les multipliant par 16, il impose des droits d’inscription pouvant atteindre près de 3 000 € en licence et
4 000 € en master et réduit les étudiant·es étrangèr·es à une simple variable d’ajustement budgétaire. Le décret
consacre ainsi une logique de « préférence européenne » incompatible avec les valeurs humanistes,
universalistes et émancipatrices qui fondent l’université française.

En restreignant drastiquement les possibilités d’exonération — depuis 2019 massivement choisies par les
établissements et désormais limitées à 20 % des effectifs des étudiant·es extracommunautaires, sauf
dérogations exceptionnelles et la période transitoire de deux ans — ce décret ferme mécaniquement les portes
de l’université à de nombreux et nombreuses étudiant·es, en particulier celles et ceux venant de pays à faibles
revenus. Malgré des effets délétères largement documentés du plan « Bienvenue en France » de 2019 sur
l’attractivité internationale et la diversité sociale des campus, il s’inscrit dans sa continuité.

Cette publication marque une nouvelle étape vers la généralisation de l’augmentation des droits d’inscription
pour toutes et tous. Cette conception du service public de l’ESR est incompatible avec une université
émancipatrice, ouverte sur le monde et accessible à toutes et tous.

Elle menace également :
– la poursuite d’études en doctorat, déjà fragilisée, et donc l’avenir de la recherche publique comme privée ;
– l’équilibre de nombreux masters, y compris dans des secteurs qualifiés de « stratégiques » par le ministère ;
– l’égalité d’accès aux études supérieures, en particulier pour les femmes extracommunautaires, premières
touchées par ces barrières financières ;
– les personnels administratifs et pédagogiques, sommés de « trier » les étudiant·es selon leurs moyens
financiers ou leur capacité à obtenir une bourse dite « de talent ».

Depuis le début de l’année universitaire, la colère monte. L’intersyndicale a plusieurs fois appelé, de manière
unitaire, à se mobiliser, aux côtés des organisations étudiantes, pour défendre une université ouverte, accessible
et démocratique, cette université à laquelle nous sommes toutes et tous attaché·es.

Les mobilisations se sont multipliées : rassemblements, manifestations, actions locales et nationales, boycotts du
CSA et du CNESER, motions votées dans les conseils centraux, dans des sections du CNU, au CNESER, dans des
laboratoires et des sociétés savantes. Les 5, 12, 21 et 26 mai, des dizaines d’universités et d’établissements se
sont mobilisés contre ce décret qui instaure une sélection sociale et xénophobe, contraire à l’égalité d’accès au
service public.

Malgré un passage en force du texte après un examen éclair au Conseil d’État, les étudiant·es et les personnels
refusent de céder à cette régression historique. Plusieurs présidences d’université ont déjà également exprimé
publiquement leur opposition à l’application de ce texte et France universités s’est nettement exprimée contre
au CNESER. Chaque jour des motions sont votées dans les CA des établissements universitaires.

Nos organisations syndicales vous sollicitent solennellement pour que cette colère justifiée soit prise en compte
et vous demandent :
– le retrait immédiat du décret du 19 mai ;
– l’abandon du plan « Bienvenue en France », qui en constitue le socle idéologique et opérationnel ;
– la garantie du droit à la poursuite d’études, aujourd’hui menacé par la fermeture de formations et l’austérité
budgétaire imposée aux établissements ;
– un investissement massif dans l’enseignement supérieur et la recherche, afin de mettre fin à la précarité
étudiante, à la dégradation des conditions de travail et d’études, et au décrochage de la recherche publique.

Nous vous alertons avec gravité : l’université française ne peut être le lieu de la sélection sociale et de la
fermeture aux autres. Dans un contexte marqué par la montée des idées réactionnaires, elle doit rester un
espace de production et de diffusion du savoir, d’émancipation et d’accueil. L’université est et doit rester un lieu
de formation de haut niveau pour toutes et tous.

Veuillez croire, Monsieur le Premier Ministre, en l’expression de notre haute considération et en notre vif
attachement au service public de l’enseignement supérieur et de la recherche.

L’intersyndicale de l’enseignement supérieur et de la recherche :
Emmanuel de Lescure, secrétaire général, SNESUP-FSU,
Boris Gralak, secrétaire général, SNCS-FSU,
Julie Robert, co-secrétaire générale, SNASUB-FSU,
Coralie Benech, co-secrétaire générale, SNEP-FSU,
Yoann Vigner, secrétaire général, SNETAP-FSU,
Solveig Langen, secrétaire générale, CGT FERC Sup,
Michel Bertrand, secrétaire national, CGT-INRAE,
Patrick Boumier & Claudia Gallina Muller, co-secrétaires généraux, SNTRS CGT,
Kevin Le Tétour, co-secrétaire fédéral, SUD éducation,
Christine Buisson, secrétaire nationale, SUD Recherche,
Laetitia Aresu, secrétaire générale, CFDT EFRP,
Laetitia Grimaldi, secrétaire générale, CFDT Recherche EPST,
Virginie Saint-James & Ben Ali Chérif, co-secrétaires généraux, Sup’Recherche UNSA,
Alain Halère, secrétaire général, SNPTES-UNSA,
Dominique Chassagne, secrétaire général, A&I UNSA,
Etienne Romain, secrétaire général, ITRFBIO,
Sylvain Excoffon, secrétaire général, FO ESR,
Manon Moret, secrétaire générale, UNEF,
Éloïse Lefebvre Milon, co-secrétaire générale, Union Étudiante,
Lucie Clamens, co-secrétaire fédérale, Solidaires étudiant-e-s,
Claire Vigneau, secrétaire générale, FSE,
Suzanne Nijdam, présidente, FAGE




Communiqué Intersyndical

Paris, le 13 mai 2026

Le gouvernement s’entête à vouloir imposer une augmentation massive des frais d’inscription des étudiant·es extracommunautaires et présentait hier un décret en ce sens devant la communauté universitaire lors de la séance du CNESER reprogrammée après le boycott unanime des organisations syndicales le 5 mai dernier.
L’intersyndicale dénonce cette mesure profondément injuste et incohérente, qui va à l’encontre de l’objectif « d’attractivité » affiché comme caution par le gouvernement. Elle n’est rien d’autre qu’un tri social profondément incohérent et inacceptable. Elle cherche à profiter de la rentabilité des étudiant·es en doctorat tout en refusant de les former préalablement étant donné que les masters et les licences leur seront inaccessibles pour des questions financières. Elle rentre dans une logique purement économique de l’enseignement supérieur et de la recherche, occultant ses missions premières et reléguant au rang de ressource supplémentaire les étudiant·es extracommunautaires. Cette mesure ne sert ni plus ni moins qu’à tenter de pallier le manque de moyens donnés à l’université.
Hier à l’appel de l’intersyndicale, plusieurs centaines d’étudiant·es et de personnels se sont mobilisé·es de Jussieu au ministère ainsi que dans de nombreuses villes universitaires. Simultanément, le CNESER a rejeté de manière écrasante le décret par un vote quasi unanime (62 contre, 2 pour, 4 abstentions).
Ce vote confirme l’opposition unitaire contre cette mesure discriminatoire aux forts relents xénophobes de préférence nationale, contraire aux valeurs humanistes et émancipatrices du service public de l’enseignement supérieur.
L’intersyndicale de l’enseignement supérieur et de la recherche appelle à multiplier les prises de position contre ce décret dans les universités. Elle appelle à une nouvelle journée de mobilisation le mardi 26 mai partout en France pour gagner le retrait de ce texte et du texte de 2019 imposant des droits différenciés aux étudiant·es extracommunautaires. Droits d’inscription à 2 900 euros et 3 900 euros imposés à toutes et tous les étudiant·es extracommunautaires : c’est NON !




Choose France for Higher Education, à n’importe quel prix ?

Le plan Choose France for Higher Education a été annoncé le 21 avril par le Ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace[1] .

Philippe Baptiste a principalement annoncé la publication en hâte d’un décret pour contraindre les Universités à appliquer des droits différenciés pour les étudiants extracommunautaires, dont seuls 10 % s’étaient acquittés en 2024-2025.

Les droits majorés s’élèvent soit 2 895 euros par an en licence (contre 178 euros pour un étudiant français ou originaire de l’Union européenne) et 3 941 euros l’année en master (contre 254 euros). Cela représente environ 30% du coût de la formation. Le décret pourrait rapporter 250 millions d’euros aux Universités. Au moment où le Gouvernement cherche désespérément des mesures d’économies, il est à craindre que cet aspect de la question ne soit déterminant.

Les Établissements pratiquaient jusqu‘à aujourd’hui des exemptions nombreuses. Pour 2024‑2025, sur 111 500 étudiants, 11 100 se sont acquittés d’un tarif plein, tandis que 14 700 en ont été exonérés totalement, et 85 700 partiellement[2].. Sup’Recherche-UNSA rappelle que ces mêmes étudiants se sont vus refuser l’accès aux APL en début d’année. Le texte à venir ne permettrait plus d’exonérer que 10 % des étudiants extracommunautaires, par exemple dans le cadre d’accords de coopération avec des établissements étrangers .

Sans doute pour répondre à un rapport récent de la Cour des comptes[3],  le plan prévoit de « prioriser des profils » pour répondre à un besoin de réindustrialisation estimé à « 40 000 ingénieurs et 40 000 techniciens par an »» dans les domaines du numérique, de l’intelligence artificielle, de la physique quantique et des biotechnologies.

France Université a fait part de son étonnement face à l’atteinte au principe d’autonomie des universités que ce texte constituerait et de son refus d’une « vision caricaturale d’étudiants étrangers qui seraient uniquement un coût, alors qu’ils rapportent aussi en matière de consommation, de diplomatie et d’élévation du niveau d’éducation »[4]. Car, si le Ministère fait état d’une dynamique d’attractivité élargie dans le monde , il reste que la France était deuxième pays d’accueil en 1980, quatrième en 2017, selon l’Unesco et qu’elle n’est plus qu’au 8e rang, derrière les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie, l’Allemagne, le Canada, la Russie et la Turquie. C’est bien ici que le bât blesse, réduire le nombre des étudiants étrangers accueillis, c’est réduire à long terme le rayonnement de nos universités

Fidèle à ses mandats, Sup’Recherche-UNSA s’insurge contre cette vision réductrice.

Le savoir n’a pas de frontières et  tous les savoirs ont une égale dignité et légitimité.

[1] https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/lancement-de-la-strategie-choose-france-higher-education-101347.

[2] https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/droits-differencies-profil-des-etudiants-internationaux-concernes-en-2024-2025-100796.

[3] https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2025-03/20250310-Attractivite-de-la-France-pour-les-etudiants-etrangers.pdf.

[4] https://franceuniversites.fr/actualite/choose-france-for-higher-education-lautonomie-et-lattractivite-des-universites-sont-en-jeu/.