Réforme de la formation initiale des enseignants : les alertes se multiplient

Les premiers éléments de mise en œuvre de la réforme de la formation initiale des enseignants et conseillers principaux d’éducation (CPE) confirment les alertes exprimées par les organisations syndicales depuis plus d’un an.

De fortes inégalités territoriales sont déjà là :

  • L’accueil des non-lauréats des concours ne sera pas assuré dans toutes les académies et dans toutes les disciplines. Ceci va pénaliser les étudiants les plus précaires qui ne peuvent se permettre de déménager ou de payer des préparations privées aux concours, qui fleurissent déjà. Le ministère peut-il se priver ainsi d’un vivier d’étudiants souhaitant devenir enseignants ?
  • La « rationalisation » de l’offre, guidée par des impératifs financiers à court terme (et non pédagogiques), va aboutir à des fermetures de formations et/ou de sites qui imposeront un déracinement territorial aux lauréats dès le master et va dégrader leur formation : fermeture des Masters enseignement Philo à Nanterre, SES à Poitiers et Physique-chimie à Pau, fermeture du site de Quimper…

À un mois des écrits des concours, le flou règne encore sur bien des points de la réforme :

  • La localisation des formations ouvertes à la rentrée : y aura-t-il un parcours Italien en Lorraine ? un parcours Éducation Musicale à Créteil ?
  • La constitution des équipes en place à la rentrée : que vont devenir les collègues en temps partagé par exemple ? quels moyens humains les rectorats et les universités vont-ils vraiment mobiliser ?
  • L’attribution de moyens pour adapter la formation aux différents profils d’étudiants et lauréats.

Nous constatons que la mise en œuvre de la réforme dans son ensemble a dès à présent des conséquences graves :

  • Injonctions contradictoires et mise en concurrence des personnels qui entraînent un mal-être des personnels et la perte de sens du travail (mutualisations forcées des formations, morcellement des enseignements, imposition du distanciel)
  • Gestion RH irresponsable, voire toxique, d’établissements se défaussant de leurs responsabilités : manipulation des personnels via de fausses informations, pour les pousser à chercher d’autres postes
  • Détresse des étudiants et sentiment d’abandon, en raison des conditions de préparation au concours (informations discordantes et fluctuantes, ventilation des places dans les différents concours, absence de modules de préparation au concours) et des incertitudes sur la poursuite d’études (manque de places ouvertes aux non lauréats)

Dans ces conditions, comment les équipes enseignantes et BIATSS peuvent-elles préparer une formation initiale des enseignants à la hauteur des besoins de l’École et des élèves ?

Nous appelons les personnels impliqués dans la formation initiale des enseignants et les étudiants à se mobiliser massivement dans leurs établissements le mardi 10 mars, journée contre le manque de financement des universités.




COMMUNIQUÉ INTERSYNDICAL

Le ministre de l’Éducation nationale a annoncé le 18 décembre que dans l’état actuel du budget
(pas de PLF voté à ce jour), la mise en œuvre des nouveaux concours de recrutement des
enseignant·es et CPE (à Bac+3) n’était pas assurée pour la session 2026.
À deux mois des épreuves du concours, cette annonce fait l’effet d’un coup de tonnerre pour les
88 000 étudiant·es qui se préparent actuellement. Ces candidat·es, et les enseignant·es qui
assurent les préparations, se retrouvent dans une situation totalement intenable ! Ils et elles sont
déstabilisé·es car plongé·es dans l’incertitude au moment où au contraire il faudrait qu’ils et elles
puissent travailler en toute sérénité.
Cette situation est inacceptable, surtout lorsqu’elle est provoquée par un gouvernement qui
prétend restaurer « l’attractivité du métier ».
Le gouvernement a engagé la décision d’une réforme et de nouveaux concours sans réelle
concertation en amont de la présentation du projet et sans même la garantie de la faisabilité réelle.
Il faut arrêter de jouer avec l’avenir des étudiant·es et des personnels, et la charge de travail des
personnels, déjà malmené·es par le rythme de cette réforme qui ne cesse de se complexifier.
En tout état de cause, le gouvernement ne peut pas s’en tenir à une simple suppression alors
même que dans certaines disciplines, il n’y a pas de concours M2 prévus, ce qui voudrait dire
qu’elles n’auraient aucun recrutement !
Les étudiant·es ne doivent pas pâtir de ce contexte. Le gouvernement doit prendre ses
responsabilités pour garantir l’avenir de ces étudiant·es.
Paris, le 13 janvier 2026