Réforme de la formation des enseignants

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La réforme de la formation des enseignants se heurte à de nombreuses inconnues avec pour conséquence de la confusion pour les équipes (Inspé et UFR des universités) qui auront à mettre en œuvre ce projet. Les conditions de la réussite de sa mise en œuvre ne sont pas réunies. Pourtant, cette réforme concerne le recrutement des enseignants des 1er et 2 degrés, des conseillers principaux d’éducation en collège, CPE, des psychologues de l’éducation nationale, des enseignants spécialisés dont le métier reste primordial au maintien voire à l’élévation du niveau éducatif dans nos sociétés modernes.

Les conditions de mise en œuvre n’apparaissent pas actuellement acceptables. De nombreuses questions ne sont pas encore réglées. Quelle formation sera proposée à la rentrée 2020 ? S’agit-il de celle qui conduit au concours actuel et maintenu en fin de M1 (session 2021), ou de celle qui conduira au concours rénové déplacé en fin de M2 (session 2022) ou les deux ? Comment former des Master 1er année à cette alternative ? Comment transformer des maquettes (actuelles) ne sachant pas encore l’exact libellé des concours ? Comment équilibrer la part professionnelle de préparation au métier versus de préparation au concours, au vu du déplacement du concours en 2ème année de master ? Comment harmoniser les UE prises en charge par les UFR et celles prises en charge par les INSPé au vu du déplacement du concours ? Comment faire coïncider les plans quadriennaux (des UFR, des INSPé) labellisant les maquettes avec un changement en dehors des années prévues pour ces labellisations ?

En bref, la situation actuelle rend complexes et la réflexion et l’hypothétique travail à marche forcée demandés aux équipes de formation en INSPé comme dans les UFR. La préparation de la prochaine rentrée devient scabreuse. La demande de refonte de la formation se fait dans un contexte d’urgence qui ne convient pas au soin que la nation doit, selon nous, continuer porter aux métiers touchant à l’éducation.

D’autres questions, épineuses, sont au centre de la réflexion actuelle des équipes en INSPé comme celle des UFR, ce, dans la mesure où les informations transmises actuellement indiquent que les étudiants de Master MEEEF en 2eme année devraient exercer en établissement, pour un 1/3 de leur temps, en qualité de responsable d’enseignement, sous contrat public. Comment peuvent être travaillés, élaborés, pensés, calibrés les viviers de populations d’étudiants en établissement sans connaître la manière dont ces viviers, via le rectorat, seront pensés ? Comment la nature et les volumes des stages qui vient l’accompagnement à professionnalisation devront être ventilés sur les quatre semestres du master MEEF ? Comment les parcours de formation, depuis la préprofessionnalisation en UFR jusqu’à l’obtention du master MEEF, prépareront et aux maîtrises disciplinaires et aux aspects plus transversaux des métiers en éducation ? Y aura-t-il équité d’accès aux métiers de l’éducation pour tous, telle que la loi la garantit par principe ? Comment élaborer, en urgence, des maquettes de sans penser le parcours entier de formation aux métiers de l’éducation  de la L2 au M2 ? Comment les 30 % de personnels exerçants dans les EPLE seront intégrés aux formations ? Il est indispensable d’inscrire la mise en œuvre de cette réforme dans un calendrier national de suivi et de concertation, en adéquation avec les comités de suivi LMD. La formation des enseignants s’inscrit dans un continuum licence — master prolongé par la formation continue.

On s’en aperçoit, plusieurs questions obligent à des précisions nationales actuellement manquantes. Les mises en œuvre locales, parce qu’ajustés à chaque territoire, doivent précéder le déploiement national, au risque de rendre l’aventure hasardeuse, voire dangereuse, pour es personnels en charge de cette refonte, personnels déjà fort impactés dans leurs conditions de travail depuis de trop nombreuses années.

Ainsi, au-delà des discussions sur les transformations profondes qu’induisent ces réformes, il est nécessaire de surseoir d’un an au moins la mise en œuvre de la démarche.